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La course de la vie

Comedie / Daily City Le Canard /
par DragonRouge

Paule Igone

RESPONSABLE JURIDIQUE ET RESPONSABLE BĂąTIMENT

« Il y a vingt ans pour gagner mon pain, je conduisais un taxi à New York.


«Un soir, Ă  minuit passĂ©, je me suis arrĂȘtĂ©e comme on me l’avait commandĂ©, devant un sombre immeuble, oĂč seule une fenĂȘtre au rez-de-chaussĂ©e Ă©tait Ă©clairĂ©e.

La plupart des chauffeurs de taxi auraient klaxonné une ou deux fois, puis seraient partis rapidement. Mais je savais que de nombreuses personnes dans ces quartiers appauvris étaient vraiment dépendantes des taxis pour se déplacer. Alors, comme je ne flairais aucun danger, je suis allée frapper à la porte.


 Une petite minute, s’il vous plaĂźt »

rĂ©pondait une petite voix frĂȘle.

La porte s’ouvrit enfin. Une petite octogĂ©naire trĂšs bien habillĂ©e, avec un petit chapeau, comme tout juste sortie des annĂ©es 50, avait traĂźnĂ© sa valise en nylon jusqu’à la porte d’entrĂ©e.

Son appartement, aux tapisseries Ă  fleurs, indiquait qu’elle y avait vĂ©cu pendant de nombreuses annĂ©es. LĂ , tous les meubles Ă©taient emballĂ©s, il n’y avait plus de dĂ©coration ni d’accessoire. Dans le coin, un carton Ă©tait rempli de photos et de verreries.

Elle me remercia de l’avoir aidĂ©e Ă  transporter son bagage jusqu’au taxi.
«ce n’est rien» rĂ©pondis-je. «J’essaie de traiter mes passagers comme je m’occuperais de mes parents».

En Ă©change, elle me sourit, puis me donna un papier avec une adresse, en me demandant:
«Serait-il possible de passer par le centre ville, s’il vous plaĂźt?»

Ce n’était pas vraiment sur le chemin.

«Je ne suis pas pressĂ©e. Je vais Ă  l’hospice».

Dans le rétroviseur, je vis que ses yeux étaient remplis de larmes.
«Je n’ai plus de famille. Les mĂ©decins m’ont dit que je n’en ai plus pour longtemps».

«Quelle route voulez-vous prendre?»
demandais-je, tout en coupant le compteur discrĂštement.


Pendant deux heures, nous avons parcouru toute la ville.

Elle me montra le grand immeuble oĂč elle avait jadis travaillĂ© comme opĂ©ratrice d’ascenseur. Puis nous sommes passĂ©s par la banlieue oĂč elle avait vĂ©cu avec son mari lorsqu’ils Ă©taient de jeunes mariĂ©s. Elle me fit dĂ©couvrir qu’un magasin de meuble qui m’était familier avait remplacĂ© l’école de danse qu’elle avait frĂ©quentĂ©e Ă©tant petite. Certains dĂ©tails du bĂątiment montraient encore ces traces du passĂ©.

Parfois elle me demandait de m’arrĂȘter ou ralentir devant certaines maisons, devant lesquelles elle restait muette, scrutant l’environnement alors plongĂ© dans la pĂ©nombre. Lorsque les premiers rayons du soleil ont commencer Ă  jouer avec le ciel, elle me dit soudain: «je suis fatiguĂ©e. allons-y maintenant».

Je roulai en silence jusqu’à l’adresse qu’elle m’avait donnĂ©e, lĂ  oĂč s’étirait une construction haute de deux Ă©tages. Lorsque je m’arrĂȘtai, deux employĂ©s en blanc sortirent et se prĂ©cipitĂšrent sur le taxi. En deux temps trois mouvements, ils avaient placĂ© ma passagĂšre sur une chaise roulante.

«combien vous dois-je?» demanda t’elle en ouvrant son porte-monnaie. «Il faut bien que vous gagniez votre vie!»
«Rien»
rĂ©pondis-je. «je vais encore transporter plein d’autres passagers, vous savez».

Puis devant son regard doux et persistant, sans trop rĂ©flĂ©chir, je me suis avancĂ©e vers elle lui ai donnĂ© une accolade, Ă  l’AmĂ©ricaine.

Elle me serra un peu. «Madame, vous avez donnĂ© Ă  une vieille dame un petit moment de joie. Merci du fond du cƓur.»

M’éloignant, j’entendis la porte d’entrĂ©e de l’hospice se refermer, comme on referme un livre lorsqu’on a terminĂ© la derniĂšre page.


Les rayons du soleil se levaient.

Ce jour lĂ , j’ai beaucoup marchĂ© et par choix, je n’ai pas transportĂ© d’autre passager.

Sans avoir la plus belle des voitures, l’autosatisfaction, j’étais satisfaite de mon comportement. Qu’en aurait-il Ă©tĂ© pour cette dame ĂągĂ©e, si Ă  ma place, elle Ă©tait tombĂ©e sur un chauffeur impatient de terminer sa course, comme il y en a tant ?

Avec le recul, je me dis que je n’ai pas ratĂ© ce moment magnifique de ma vie. Ce n’était pas un Ă©vĂšnement organisĂ© et prĂ©parĂ© Ă  l’avance, comme parfois on le veut dans notre vie ordinaire. Il m’avait surpris sans que je m’y attende, et m’a marquĂ© alors que d’autres n’auraient rien remarquĂ©.


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