Le son d’édison

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par Marie Nade, paru le samedi 20 février 2016

Marie Nade revient sur des décennies de galettes plates et noires pouvant reproduire de la musique. Probablement dans des siècles ou des millénaires, parcequ'il s'agit d'un support physique, il sera toujours aisé de les écouter, y compris par des extra-terrestres qui pourront apercevoir le spectre de notre créativité musicale, alors que le système de décryptage d'un CD aura été oublié depuis des lustres



La diffusion n’était pas encore à l’ordre du jour

L’inventeur Édouard-Léon Scott de Martinville construisit en 1853 le premier dispositif d’enregistrement du son (la diffusion n’était pas encore à l’ordre du jour): un pavillon relié à un diaphragme enregistrait les vibrations sonores sur un rouleau de papier enduit de noir de fumée.
Thomas Edison développa ensuite le phonographe qui reproduisait du son enregistré sur un cylindre en étain, puis en cire, puis en gommelaque - de meilleure qualité.

Les gramophones, à disques plats, firent leur apparition à la fin du 19ème siècle et permettaient à la fois d’enregistrer et de diffuser le son, mus par un ressort remonté à la main.


L’essor des gramophones pique-nique coïncidait avec celui de l’automobile

Par rapport au cylindre, le disque plat avait un inconvénient majeur: la qualité sonore n’était pas constante sur tout le disque.
Mais son transport, plus pratique et moins risqué, le rendit favori.

La vitesse a été standardisée à 78 tours par minute vers 1920 - l’essor des gramophones pique-nique coïncidait avec celui de l’automobile et on passa de la gravure en profondeur au sillon horizontal, en même temps que les micros à triodes faisaient leur apparition, améliorant la qualité des enregistrements. En 1948 apparut le disque microsillons en polychlorure de vinyle, bon marché, comportant des sillons plus petits et une vitesse de rotation plus lente (plus de 20 minutes par face sur un disque 33 tours).

Les maisons de disques plaçaient les morceaux les plus connus à l’extérieur des disques, là où la qualité sonore était la meilleure (puisqu’une plus grande quantité de sillons est parcourue dans le même laps de temps qu’au centre).
On ajouta un sillon en profondeur en 1958, pour le son en stéréo.


Une chocolaterie Britannique offrit des disques en chocolat

Malgré la concurrence de la cassette puis du CD, les vinyles ont survécu: comme leurs pistes ne sont pas échantillonnées, on peut varier leur vitesse de lecture sans altérer la qualité de restitution; leur spectre de fréquence est le plus large de tous les supports audio.

Iconiques, les disques firent aussi la joie des services marketing. Dès les années 30, une chocolaterie Britannique offrit des disques en chocolat: une fois écoutés, on pouvait les manger. Dans les années 1960 et 1970, des disques carrés flexibles pas chers furent inclus dans des magazines, par exemple le chant des baleines dans le National Geographic ou des histoires à découper dans l’emballage en carton laqué de céréales, jouets ou savons; on vit des disques sans fin où la spirale du microsillon était remplacée par un cercle, des sillons parallèles lus aléatoirement, etc…


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Marie Nade

Journaliste Envoyée spéciale

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